Voyage équitable au Pérou et en Amérique Latine
23/03/2017

Voyage au Guatemala. Un pays, deux visages

Des sept pays qui composent l'Amérique centrale, le Guatemala est assurément celui qui garde à la fois les plus nombreux et prestigieux témoignages du monde préhispanique, principalement maya, en plus d'un patrimoine historique rappelant le monde colonial. Pays divers, surprenant, à la population plurielle et à l'histoire trouble, le Guatemala a souvent les faveurs des voyageurs en Amérique centrale, qui gardent pour ce pays une tendresse particulière.

À parcourir ses routes parfois cahoteuses, d'où l'on aperçoit au cœur de paysages majestueux des petites maisons de parpaings aux toits de tôle ondulée, qui voyage au Guatemala peut s'étonner de tant de pauvreté dans un pays à la nature si profuse et dont le territoire fut celui de puissantes royautés mayas. C'est que le Guatemala porte sur son territoire et dans sa population toute une mémoire de tensions et de luttes, difficile à percevoir de prime abord, où se mêlent fortes rémanences pré-hispaniques et stigmates de la Conquête espagnole, jusqu'à aujourd'hui.

C'est surtout dans l'ouest du Guatemala, dans les hautes terres, que bat le coeur indigène du pays, là donc que sont plus aisément observables cet héritage maya. Les organisations communautaires indigènes, qu'elles soient artisanales, touristiques ou politiques, sont une réalité vivante et capitale du Guatemala et probablement ce que le pays a de plus précieux pour son avenir, à l'encontre du mépris raciste systémique des classes moyennes et hautes de la société.

Permanences de la culture indigène maya

A San Andrés Xecul (département de Totonicapán), se trouve l'église la plus célèbre du pays, en raison de sa façade bariolée à dominante jaune, illustration criante et dans un style qui rappelle l'« art naïf », du syncrétisme entre catholicisme et cosmogonie maya. Les anges et figures bibliques s'y mêlent en effet à des dieux jumeaux et aux jaguars. Sur les hauteurs de cette petite ville du département de Quetzaltenango, on trouve aussi un autel maya, attestant la permanence de ces cultes malgré un christianisme qui a tenté de réprimer ce paganisme...

Le Guatemala et la culture maya

La lagune de Chicabal (département de Quetzaltenango), gérée par une communauté de 36 familles, est un lieu sacré de l'ethnie mam. Là aussi, en dépit de la pénétration des évangéliques, le culte maya reste vivant, comme en attestent plusieurs autels, situés aux quatre points cardinaux autour de la lagune, et qui représentent les éléments.

Les cultures précolombiennes des huates terres du Guatemala

Si, sous l'effet du tourisme et sous l'effet interne de manipulations politiques, la figure du saint païen Maximón – lui aussi symptomatique du syncrétisme (il serait un mélange du dieu Mam et de saint Simon) – a perdu de son authenticité, il subsiste comme un témoignage de la permanence des cultures précolombiens dans les hautes terres. On trouve en effet ce même Maximón dans divers villages : à Zunil, à Santiago Atitlán, à San Andrés Xecul, où des cérémonies de purification ou de propitiation ont toujours lieu.

La culture indigène au Guatemala

La culture indigène est aussi vivante dans une diversité de langues – dont il est à craindre que plusieurs ne disparaissent dans les prochaines générations, sous l'effet de l'hispanisation – mais aussi par ses danses, ses musiques et ses fêtes traditionnelles. C'est le cas, par exemple, de la course hippique de Todos Santos, village de la Sierra de los Cuchumatanes (près de la frontière mexicaine), une fête mam commémorant les absents le jour des morts (le nom du village signifie « Toussaint »), qu'a documenté le photographe Luis Estacuy.

Des danses et des fêtes populaires bien vivantes

Le Guatemala compte une variété de danses costumées qui commémorent et narrent l'histoire du pays, ses légendes, mais aussi la pénétration des envahisseurs espagnols. C'est le cas, par exemple du théâtre dansé Rabinal Achí, inscrit en 2008 au Patrimoine mondial immatériel de l'humanité par l'Unesco. Cette tradition remonterait au XVe siècle, avant la pénétration espagnole. Elle mêle les mythes de l'origine du peuple maya q'eqchi et les relations politico-sociales du village de Rabinal (département de Baja Verapaz), exprimés à travers la danse, le théâtre, la musique et les masques.

Il existe, dans le pays, plusieurs groupes folkloriques, notamment Siguán Tinimit à Xela, qui contribuent à diffuser ce patrimoine, qui parfois semble appartenir davantage au passé qu'au présent, les danses traditionnelles et la marimba paraissant céder sans cesse davantage face aux musiques mondialisées comme le reggaeton, la pop ou les musiques mexicaines. Ceux qui ont voyagé au Guatémala le savent d'expérience, pour avoir réalisé des trajets dans les canasteras (« chicken buses », dirait le Lonely Planet), ces bus chamarrés, plaisants de l'extérieur, détestables quand on y voyage.

Danses et traditions guatémaltèques

Parmi les autres traditions locales, signalons la danse du palo volador, particulièrement spectaculaire, lointainement originaire du centre du Mexique, et qui est pratiquée aujourd'hui encore dans le département de Quiché, notamment à Chichicastenango (les jours précédant le 21 décembre) et Joyabaj (15 août). Initialement un rite associé à la fertilité, cette tradition consiste en une chorégraphie acrobatique : des « danseurs », retenus par une corde liée au sommet d'un immense poteau, tournent autour de celui-ci, tête en bas et suspendus dans le vide. Cette pratique existe aussi au Mexique, inscrite au Patrimoine immatériel de l'humanité. Elle tire son inspiration du Popol Vuh, récit de la cosmovision maya.

Autre fête typique du Guatémala : le festival des cerfs-volants géants de Sumpango et de Santiago Sacatepéquez (tous deux dans le département de Sacatepéquez), à l'occasion du Jour des morts (1er novembre) et le jour suivant. Cette coutume avait initialement pour but de chasser les esprits malins.

Le costume traditionnel maya, héritage d'une histoire cruelle

Le témoignage visible le plus frappant et qui émerveille quiconque voyage au Guatemala, ce sont bien sûr les costumes traditionnels. Ceux-ci sont très majoritairement portés par les femmes indigènes, y compris les jeunes et les fillettes, tandis que les hommes ont souvent adopté la vêture occidentale. Cependant, en divers endroits, notamment dans les environs du lac Atitlán, sur le territoire de Sololá, il n'est pas si rare de voir des hommes portant le costume complet. Ces costumes sont coûteux pour les paysans dont les revenus sont souvent très bas. C'est donc un vêtement important, et dont le caractère pratique... est doublé d'un caractère symbolique.

En visitant le musée du costume traditionnel Ixkik, à Quetzaltenango, on nous explique que la cosmogonie et les symboles mayas sont inscrits, plus ou moins stylisés, sur les huipiles et autres pièces de la vêture traditionnelle.

D'après l'historien guatémaltèque Severo Martínez dans son classique La Patria del Criollo, les costumes traditionnels indigènes remontent à l'appropriation féodale par les envahisseurs espagnols des terres correspondant à l'actuel territoire guatémaltèque. Pour la culture des terres qu'ils s'approprièrent – et dont leurs héritiers, actuels oligarques, sont dans certains cas encore propriétaires –, ils eurent besoin d'une main d'œuvre servile et de distinguer chacun la sienne de celle de son seigneurial voisin. C'est ainsi que furent imposés les costumes, qui déterminaient l'appartenance à un seigneur féodal, c'est-à-dire une sorte d'esclavage. Comme souvent, le stigmate s'est retourné en élément identitaire et beaucoup en ignorent l'origine.

Passage obligé de tout voyage au Guatémala, la visite des marchés des hautes terres, depuis la Antigua Guatemala jusqu'à Xela, en passant par Chichicastenango offre une vue représentative de ces vêtements chamarrés portés par les femmes indigènes du Guatémala.

Un Guatemala a deux visages

Il est courant d'entendre ou lire qu'il existe « deux Guatémala » : le Guatémala urbain, occidentalisé, et le Guatémala rural, largement indigène. Cette dichotomie est à nuancer nettement, mais elle contient une vérité : le pays est marqué par de forts contrastes. D'un côté, 80% des enfants indigènes souffrant de dénutrition et où seuls 4 enfants sur 10 ayant débuté l'école primaire terminent ce cycle (chiffres Unicef 2010) ; de l'autre côté, une oligarchie blanche issue de l'époque coloniale à ce point fortunée que le Guatémala est l'un des pays où les écarts de richesse sont les plus grands : « Aux côtés du Brésil et de l’Afrique du Sud, le Guatemala détient le triste privilège d’être à la tête des pays les plus inégaux de la planète. En 1998, les revenus des 20% les plus riches y étaient dix-sept fois supérieurs à ceux des 20% les plus pauvres » (Bernard Duterme, « Guatémala, une économie libéralisée au profit d'une minorité »).

Rares sont les zones et populations échappant totalement à une influence nord-américaine, libérale capitaliste, laquelle corrode peu à peu la société et les identités : c'est l'effet de la globalisation, des migrations, de la télévision, etc. Mais, dans les meilleurs cas, dans les zones à majorité indigène, la permanence de traits culturels issus du monde préhispanique assure une forme de résistance à l'œuvre de déculturation. Cette lutte identitaire et cette domination historique des Blancs, qui sont les deux visages principaux du Guatémala, sont inscrits dans le territoire, dans la culture, sont visibles. D'un côté, l'héritage préhispanique et la rencontre avec les Espagnols, missionnaires catholiques ou brutes féodales, a produit une culture populaire indigène qui a résisté, même en mutant, en dépit des adversités rencontrées à travers les siècles. De l'autre, un héritage colonial dont l'architecture n'est que la partie visible – et admirable – de la domination de classe qui, depuis la colonie, se poursuit, celle d'une oligarchie agro-exportatrice (et désormais aussi industrielle) antidémocratique et raciste.

Cet héritage architectural, ce sont notamment diverses cathédrales : celle de Salcajá, par exemple, première fondée en Amérique centrale en 1524, ou encore la baroque basilique d'Esquipulas (1758), la plus vaste d'Amérique centrale, célèbre pour son Christ noir et lieu de convergence annuel d'un pèlerinage nombreux autour du 15 janvier (à l'occasion de la fête du Seigneur d'Esquipulas). C'est aussi, bien sûr, l'urbanisme colonial, dont la Antigua Guatemala est un des plus prestigieux témoignages de tout le continent. C'est aussi, accessoirement, le seul des trois sites guatémaltèques inscrits au Patrimoine mondial de l'humanité à être postérieur à la conquête espagnole.

La capitale du Guatemala

Globalement très bien entretenue, elle est considérée par beaucoup comme le joyau du pays. Ses rues pavées, ses maisons coloniales, ses places et fontaines, ses ruines singulièrement poétiques, ses églises et couvents en abondance, sa ceinture montagneuse environnante, en font souvent un des lieux les plus appréciés de tous ceux qui ont voyagé au Guatémala et même en Amérique centrale. Grand coup de cœur pour le parc San Jerónimo, un couvent construit au milieu du XVIIIe siècle et qui ne fit pas long feu, puisque le roi n'avait pas donné son autorisation. Il fut abandonné, abîmé par plusieurs tremblements de terre... Sa restauration en un jardin – chose hélas ! rare au Guatémala – en fait un des lieux les plus charmants de cette petite ville coloniale, souvent critiquée comme relevant du tourisme de masse, et dont la beauté est pourtant indéniable. Autre coup de cœur : le Musée Efraín Recinos, du nom de celui qui est probablement le plus grand artiste de l'histoire nationale, à la fois architecte, peintre, sculpteur, muraliste, urbaniste...

Quid des ladinos ?

La double identité du Guatémala, posée schématiquement, oppose une élite blanche minoritaire mais détentrice des pouvoirs, au peuple maya. Or, les Ladinos, n'appartenant ni à l'une ni à l'autre catégorie de la population, sont eux aussi nombreux, et même majoritaires. Généralement tout à fait acculturés aux valeurs occidentales, il n'est pas rare de les entendre exprimer un dédain pour les Indigènes. Représentant une majorité démographique, il est difficile de leur attribuer cependant des caractéristiques identitaires aussi marquées et enracinées. Du reste, c'est possiblement là un des problèmes du pays, constitué artificiellement et sur décision d'une élite blanche, comme Etat-nation, modèle d'organisation socio-politique importé d'Europe dans un monde où ces structures n'existaient pas. Un phénomène que, du reste, l'Europe a connu au XIXe siècle avec la formation mythologique des nations.

Et pourtant, un artiste comme Efraín Recinos ou un auteur comme le Nobel de Littérature Miguel Ángel Asturias, parmi bien d'autres moins connus, ont construit une œuvre singulière et qui contribue à une culture nationale, non moins sûrement que la permanence de pratiques identitaires fortes parmi les communautés indigènes. Le Musée des Beaux-Arts de la capitale, hélas ! trop souvent boudée par ceux qui voyagent au Guatémala, trop effrayés de sa réputation outrée, atteste de cette progressive autonomisation d'un art national, en tension avec l'influence de l'art moderne européen. Certaines œuvres apparaissent comme de pâles copies des avant-gardes parisiennes ; d'autres, en revanche, indiquent à la fois l'assimilation et le dépassement de l'influence occidentale... ou bien la permanence d'un art figuratif, parfois indigéniste, qui relèvent d'une culture authentiquement guatémaltèque, plurielle, forcément.

Y aller ?

Terres des Andes propose deux voyages au Guatemala. L'un calé sur les fêtes locales religieuses, l'autre à la rencontres des communautés indigènes.

Mikaël Faujour, journaliste - Voyageurs du Net
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